
Né en Hongrie, Laszlo Mindszenti fut contraint à l'exil en 1956, au moment où les troupes soviétiques mirent brutalement fin à l'insurrection de Budapest. Il n'a que 22 ans quand il arrive en France où il reprend courageusement ses études universitaires. En 1960, il s'inscrit à l'Ecole des Beaux-arts de Rouen, ville où il crée, l'année suivante, son "Académie libre de peinture et de dessin".
Défendu depuis toujours par la galerie Rollin, cet artiste visionnaire y présente sa toute nouvelle exposition. Une seconde manifestation, inaugurée le 8 février, lui sera consacrée à l'Abbaye Saint-Georges de Boscherville. Deux occasions pour nos lecteurs de découvrier cet homme unique.
Pour nous qui le connaissons depuis pas mal d'années, Laszlo Mindszenti n'est pas une figure ordinaire. Homme de discernement et de haute culture, nous le voyons d'abord comme un poète. Peinture et poésie cohabitent d'ailleurs chez lui, au point qu'il fut parfois mal aisé de les dissocier. Est-ce un poète qui peint ou un peintre qui écrit ? La question n'a guère d'importance à nos yeux. Ce qui compte c'est cette force avec laquelle il nous soustrait à l'emprise du quotidien. Car Laszlo Mindszenti est un visionnaire, un être capable de s'élever vers les sphères de l'esprit pour y puiser les seules richesses qui vaillent : l'amour et l'harmonie, cette conscience que l'homme et le monde ne font qu'un, d'où la nécessité de respecter et d'honorer durablement la vie.
D'une féerie suprasensible, la peinture de Mindszenti semble une émanation de l'air. Tout y paraît débarrassé des contraintes de la pesanteur. La couleur, poudreuse et enchanteresse, se met au service de la lumière et du mouvement. Sa peinture nous a souvent fait songer à la danse. La femme et l'oiseau s'y ébattent comme autant de veilleurs inspirés, porteurs de paix et de sagesse. Tout y pousse l'âme à s'élever, loin des miasmes de la matière et des sarcasmes des mâtins qui se croient maîtres de la Terre. Le ciel devient ainsi un chapiteau sous lequel s'agitent des figures éthérées et libres, à l'instar des trapézistes porteurs des rêves de notre enfance. "sans être un virtuose, j'essaie toujours de veiller à l'harmonie de mes couleurs. La couleur et la forme, voilà ce qui m'intéresse le plus."
Il y a quatre ans, Laszlo Mindszenti fit une grande exposition à l'Institut Français de Budapest et en obtint un grand succès. On le vit à trois reprises dans les programmes de la télévision hongroise. Juste retour des choses après le temps de l'exil.
Actuellement, le peintre expérimente de nouveaux thèmes, moins sereins peut-être, et redécouvre la saveur des gris, "une couleur très difficile à manier", souligne-t-il.
Mais quelle volupté quand, comme lui, on y parvient ! Dans le panorama qu'il nous offre de ses plus récentes productions, nous retrouvons le poète : Carnaval des neiges, La grande coquette, merveilleuse déclinaison de verts, La marche de l'automne, L'attente des choses indécises, Le dominateur, plus baroque, Maintenant elle habite parmi les étoiles...autant de pages émouvantes de vérité. La figure animale du "Voyage terrestre" fait penser aux dessins de la grotte d'Altamira, et rejoint par là même les origines de la peinture.
"Le paradis et l'enfer sont sur terre" déclare le peintre. Ce qui nous semble une évidence. A l'étage de la galerie Rollin, le visiteur découvrira les travaux de Kristina, celle qui fut la compagne et l'amie de tous les instants. Véritables enluminures, ses oeuvres d'inspiration mystique, sont d'une radieuse pureté : La création en fête, Le feu sacré, farandole autour de la Nativité, sont des pages de fort belle tenue.